Minds chez Léman Bleu “Diktat de l’image et estime de soi”

Vendredi 9 octobre, minds a eu le plaisir de participer à la table ronde de Léman Bleu « Diktat de l’image et estime de soi : la santé mentale des jeunes à l’épreuve ». Organisée à l’occasion de la Semaine de la santé mentale 2026, elle réunissait quatre expert·es du domaine, dont notre directrice, Andrea Pereira. Retour sur les points essentiels de cette discussion passionnante.
Vendredi 9 octobre, minds a eu le plaisir de participer à la table ronde de Léman Bleu « Diktat de l’image et estime de soi : la santé mentale des jeunes à l’épreuve ». Organisée à l’occasion de la Semaine de la santé mentale 2026, elle réunissait quatre expert·es du domaine, dont notre directrice, Andrea Pereira. Retour sur les points essentiels de cette discussion passionnante.
Vous avez manqué la diffusion ? Vous pouvez visionner la table ronde directement ci-dessous.
Jeunesse et santé mentale
La santé mentale des jeunes montre des signes de dégradation, mais les situations sont diverses :
- À Genève, 67,6 % des 15–34 ans déclarent se sentir parfois à très souvent seul·es (1)
- Entre 2012 et 2022, la proportion de jeunes présentant des symptômes dépressifs modérés à sévères y est passée de 11,6 % à 20,6 % (1)
- Dans le même temps, 9 jeunes sur 10 en Suisse se déclarent satisfait·es de leur vie (2)
Estime de soi et image corporel
Durant l’adolescence, le regard des autres pèse lourd. La jeunesse est une période de construction identitaire et de développement de l’autonomie. Le regard des parents laisse progressivement davantage de place à celui des pair·es : ami·es, camarades de classe, etc. On devient alors particulièrement sensible à la manière dont les autres nous perçoivent.
- L’estime de soi est un regard que l’on porte sur soi-même et la valeur que l’on s’accorde
- L’image corporelle correspond aux sentiments et aux perceptions que l’on éprouve envers son corps
Ces deux éléments essentiels de notre identité sont intimement liés aux regards des autres : notre perception de nous-mêmes se confond souvent avec la manière dont nous pensons être perçu·es.
Qu’est-ce qui fragilise l’estime de soi des jeunes?
L’estime de soi peut fragiliser ou renforcer notre santé mentale :
- Un·e jeune ayant une bonne estime de soi peut aborder les difficultés de la vie plus sereinement.
- À l’inverse, un·e jeune ayant une faible estime de soi aura davantage tendance à ressentir du stress et de l’anxiété face aux difficultés du quotidien.
- 51% des adolescent·es sont insatisfait·es de leur poids corporel (3)
- À Genève, 1 jeune sur 7 déclare avoir déjà eu des pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois. Parmi ces jeunes, 55 % ont une faible estime de soi (4)
L’estime de soi et l’appréciation de notre image corporelle dépendent fortement de la société dans laquelle nous vivons, ainsi que des valeurs et des idéaux qu’elle promeut.
La société suisse actuelle valorise, par exemple, les résultats, la réussite et la performance, ce qui exerce une pression importante sur les jeunes qui entrent dans la vie adulte. Parallèlement, les incertitudes liées au contexte mondial : crise climatique, instabilité du marché du travail, arrivée de l’intelligence artificielle, guerres, etc. rendent encore plus difficile leur projection dans l’avenir.
Les idéaux de beauté sont, quant à eux, omniprésents dans la publicité et les médias, hors ligne comme en ligne. L’utilisation croissante des filtres et des outils de manipulation d’images, notamment ceux rendus possibles par l’IA, contribue à la circulation d’idéaux de beauté de moins en moins atteignables, en particulier sur les réseaux sociaux.
Comment agir pour une meilleure estime de soi?
Comment aider les jeunes à développer une relation plus sereine avec elles·eux-mêmes et leur corps ? Cela passe aussi par un regard critique sur les modèles que nous leur proposons. Dans les médias, à l’école, au travail ou en famille, quelle place donnons-nous à l’apparence, aux résultats et à la performance ? Et comment valoriser davantage la diversité des corps, des qualités et des parcours ?
Agir sur les cadres de vie
Il s’agit en premier lieu de mettre en place des actions collectives et politiques. La régulation des plateformes et des pratiques publicitaires, la diversité des représentations dans les médias ou encore la place donnée aux résultats dans le système scolaire font partie des leviers à interroger. Favoriser l’estime de soi des jeunes, c’est aussi leur offrir des environnements où l’on peut apprendre, se tromper et se construire sans devoir constamment faire ses preuves.
2 exemples concrets:
- Au Royaume-Uni, les influenceur·euses n’ont plus le droit d’utiliser de filtres trompeurs sur leurs publications sponsorisées (contenus à visée publicitaire) (5)
- En 2006, l’Espagne a interdit aux mannequins dont l'indice de masse corporelle est insuffisant de défiler (6)
Montrer l’exemple dans nos paroles et nos attitudes
Les adultes ont un rôle à jouer au quotidien. La manière dont nous parlons de notre corps, de nos réussites ou de nos erreurs contribue aux repères des jeunes. Éviter de se dévaloriser constamment, accueillir ses imperfections et reconnaître d’autres qualités que l’apparence ou la performance sont autant de façons de montrer que notre valeur ne se résume pas à ces critères.
Développer l’esprit critique
Apprendre à décoder les images, à repérer les retouches et à comprendre les intentions commerciales derrière certains contenus permet de prendre du recul. Cet esprit critique concerne les jeunes comme les adultes : les modèles auxquels nous nous comparons sont construits et ne représentent qu’une partie de la réalité. Il existe de multiples façons d’être, de vivre et d’avancer.
Cultiver la bienveillance envers soi et des liens de qualité
Mieux se connaître, reconnaître ses forces et ses limites, s’autoriser à se tromper : autant de pistes pour construire une estime de soi moins dépendante du regard extérieur. Des relations dans lesquelles on se sent écouté·e, accepté·e et valorisé·e permettent aussi de trouver sa place et de prendre de la distance face aux injonctions.
Un grand merci à Léman Bleu pour l’invitation et l’organisation. Merci également aux expert·es présent·es à nos côtés durant cette discussion :
- Sophia Perez, directrice de Stop Suicide
- Pr. Panteleimon Giannakopoulos, directeur général, office cantonal de la santé, professeur au département de psychiatrie Unige
- Magali Volery, co-vice-présidente de l'Association genevoise des psychologues
Sources
- Gerber, C. (2025). La santé dans le canton de Genève. Analyse des données de l’enquête suisse sur la santé 2022 et d’autres bases de données (Obsan Rapport 03/2025). Neuchâtel: Observatoire suisse de la santé. https://www.obsan.admin.ch/sites/default/files/2025-06/obsan_03_2025_rapport_ge.pdf
- Observatoire suisse de la santé (éd.). (2025). Santé mentale en Suisse: évolution, promotion, prévention et prise en charge. Rapport national sur la santé 2025. Neuchâtel: OFS. https://www.obsan.admin.ch/sites/default/files/2025-09/ngb2025_fr.pdf
- Schmidhauser, V., Balsiger, N. & Delgrande Jordan, M. (2023). Statut pondéral et image corporelle des jeunes adolescent·e·s (Feuille-info). Lausanne: Addiction Suisse.
- Prevalence of and risk factors for suicidal ideation in adolescents during the COVID-19 pandemic: a cross-sectional study. Swiss Med Wkly [Internet]. 2024 Apr. 28 [cited 2026 Oct. 14];154(4):3461. Available from: https://smw.ch/index.php/smw/article/view/3461
- Balbo, L., Lao, A. et Camus, S. (2021). Vers un encadrement généralisé des filtres de beauté sur les réseaux sociaux ? The conversation.
- RTS 19h30 (18.09.2006). Espagne : les autorités prennent des mesures contre les mannequins trop maigres.
Plus d'actualités


Minds chez Léman Bleu “Diktat de l’image et estime de soi”


L'estime de soi au coeur de la semaine de la santé mentale 2026


“Entre Mecs” - La nouvelle saison du podcast “Faut en parler!” qui ouvre le dialogue sur la santé mentale et les hommes.


Plongez dans le nouvel univers graphique des cercles d’écoute !


Prix de la communication inclusive : Minds et OQIO récompensés pour « Pleure comme un homme*! »


Pourquoi les femmes* sont-elles en moins bonne santé mentale que les hommes**?


"Genève, c'est vous !" avec Andrea Pereira

